lyfaa3tmpEn annonçant jeudi dernier qu’il ne se représenterait pas, François Hollande a sans doute pris la meilleure décision de son quinquennat. Néanmoins, maintenant qu’il a franchi le pas, il devrait aller au bout de la logique pour permettre de sortir la France de sa monarchie présidentielle infantile. Cela permettrait à notre pays de devenir enfin une démocratie moderne:

Monsieur le Président de la République François Hollande,

En décidant de ne pas vous représenter et en l’annonçant solennellement aux Françaises et aux Français lors d’une allocution télévisée ce jeudi 1er décembre 2016, vous avez fait preuve de beaucoup de courage, d’humilité et de dignité. Quelle que soit la teneur des multiples commentaires qui fleurissent depuis, de l’aveu de faiblesse au procès en lâcheté, sachez qu’au contraire, pour un certain nombre de citoyennes et citoyens de ce pays, cette décision de renoncer en toute conscience au pouvoir suprême vous honore. Si l’actualité aujourd’hui vous condamne, l’histoire demain vous rendra sans doute justice. Car rares sont les hommes et les femmes qui renoncent sans force ni contrainte à l’ivresse du pouvoir absolu. Quoi que l’on dise, rien ne vous obligeait à ne pas briguer un second mandat en vous présentant à nouveau devant les électrices et électeurs de ce pays, si ce n’est un certain sens de la décence et de l’intérêt général.

Tout au long de la 5e république, seul le Général de Gaulle a pris la décision en tant que Président de renoncer de lui-même au pouvoir et de démissionner après avoir perdu un référendum en 1969. François Mitterrand s’est par exemple par deux fois retrouvé politiquement minoritaire après avoir vu la gauche perdre les législatives de 1986 et 1993 et il n’a pas pour autant renoncé à son mandat, inventant au passage la « cohabitation », perversion constitutionnelle de nos institutions. De même, Jacques Chirac n’a pas renoncé à son poste de Président, ni après la déroute des législatives de 1997, ni après la victoire du non au référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005. Votre décision de ne pas briguer un second mandat est donc bel et bien historique, quel que soit par ailleurs l’avis que l’on puisse avoir sur ce quinquennat qui s’achève sur un bilan bien maigre.

Alors maintenant que vous êtes totalement délivré de cette course à l’Elysée, qui rend fous la majeure partie des politiques français (même Nicolas Dupont-Aignan arrive à s’imaginer un jour à l’Elysée?!), il vous reste à achever votre mandat en essayant de sortir de l’Histoire par la grande porte. Et la meilleure façon de le faire est peut-être d’en finir justement avec ce pouvoir présidentiel, d’en finir avec cette 5e république, véritable monarchie institutionnelle infantilisant les Françaises et les Français en leur faisant voter tous les 5 ans pour un sauveur suprême, sauveur qu’ils s’empressent à chaque fois de clouer au pilori sondagier dès le lendemain de son élection. Il est grand temps d’acter qu’en France en 2016, ce n’est pas d’un sauveur suprême dont nous avons besoin, mais d’un pouvoir politique bien plus horizontal, souple et émancipant chaque individu en lui rendant sa souveraineté et sa responsabilité, sur sa vie, sur ses choix économiques, sociaux et politiques. Vous avez un outil pour cela, une arme imparable, le référendum. En effet l’article 11 de la Constitution de 1958 dispose que: « Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement […] peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics… »

Monsieur le Président, il vous reste encore cinq mois d’exercice plein et entier du pouvoir pour convoquer un référendum et convaincre de voter pour la fin de la monarchie présidentielle française au profit d’un régime qui redonne leurs pleins pouvoirs et leur souveraineté aux citoyennes et citoyens de ce pays. Qu’on le nomme 6e, 7e ou nouvelle république, peu importe. Le plus important est que l’on en finisse enfin avec cette institution présidentielle anachronique, risée de nos voisins européens, qui plus est extrêmement dangereuse à l’heure où l’extrême droite est aux portes du pouvoir. A l’issue de ce référendum, en cas de victoire, une constituante pourrait alors être convoquée afin de reconstruire avec l’ensemble des Françaises et des Français des institutions modernes, enfin en phase avec les aspirations égalitaires de notre époque et avec la nécessaire construction d’une démocratie à l’échelle européenne. Et cerise sur le gâteau, ce référendum permettrait également de ressouder la gauche et tous les progressistes autour d’une idée commune forte plutôt que de continuer dans le tout à l’égo actuel mortifère des primaires. Car celui-ci est bien parti pour nous mener au désastre d’avoir à ne pouvoir choisir en 2017 qu’entre le populisme xénophobe et le néolibéralisme réactionnaire.

Alors Monsieur le Président, s’il vous plaît, soyez courageux et allez au bout de votre logique afin de démocratiser enfin la France en convoquant ce référendum. Vous n’avez plus rien à perdre et nous avons collectivement tout à y gagner.

Nathalie Laville, Benjamin Joyeux, Edouard Gaudot et Rodrigo Arénas, co-fondateurs du mouvement E=MP2