Lanza Del Vasto Ayant fait mes classes d’écologie au contact de mouvements de défense des sans terre en Inde proches du Mahatma Gandhi, je pensais qu’une personnalité comme Lanza del Vasto était populaire bien au-delà des cercles décroissants proches de la communauté de l’Arche. En fait il n’en est rien, et Lanza del Vasto reste encore trop largement méconnu. Alors un petit livre pour y remédier:

 

Né dans le sud de l’Italie en 1901 et mort 80 ans plus tard, Lanza del Vasto a traversé le 20e siècle et abordé tant dans son œuvre littéraire que dans sa vie pratique toutes les grandes problématiques qui aujourd’hui apparaissent plus que jamais d’actualité. Crise environnementale, crise sociale, crise morale, Lanza del Vasto a cherché tout au long de sa vie, autant par l’expérimentation concrète que par sa réflexion, à répondre aux impasses de la civilisation productiviste. Souvent qualifié de « gandhien d’Occident », celui-ci a longuement parcouru l’Inde et vécu dans un ashram aux côtés du Mahatma Gandhi qu’il rencontre pour la première fois en 1937 (rencontre qu’il décrira dans son ouvrage Le pélerinage aux sources, publié en 1943). Décidé à vivre désormais en Inde pour combattre aux côtés de Gandhi, celui-ci finit par convaincre Lanza del Vasto (ou « Shantidas » – « serviteur de paix ») comme le surnomme désormais le Mahatma, de revenir en Europe pour promouvoir la non-violence, la sobriété et la lutte contre les inégalités et la destruction de l’environnement.

De retour en Europe, alors que le continent est ravagé par la Seconde Guerre Mondiale, Lanza del Vasto pose les bases de ce qui deviendra les communautés de l’Arche, des rassemblements d’hommes et de femmes mus par une volonté commune de mettre en pratique au quotidien et radicalement les principes de la non-violence, sur le modèle des ashrams indiens de Gandhi. L’éloge de la vie simple que Lanza del Vasto souhaite pour le monde, il commence par se l’appliquer à lui-même. Puis il n’aura de cesse de se battre contre toutes les guerres de son temps, guerre d’Algérie, guerre du Vietnam, avant de lutter également contre l’installation de centrales nucléaires ou aux côtés des paysans du Larzac en lutte contre l’extension du camp militaire (à ce titre, José Bové inscrit ses combats dans la filiation directe de Lanza del Vasto), etc. Lanza del vasto était également, à l’instar de Gandhi et comme toutes celles et ceux qui cherchent à être parfaitement cohérents dans le respect de la vie, un végétarien convaincu.

Bref, Lanza del Vasto était un précurseur de la décroissance qui mérite d’être beaucoup plus connu. Merci donc à Frédéric Rognon!

Pour toutes celles et ceux qui veulent en savoir plus sur Lanza Del Vasto et son oeuvre:

Lanza del Vasto ou l’expérimentation communautaire, Frédéric Rognon, éd. Le passager clandestin, 2013

« Si tu désapprouves le mensonge, quitte la ville. Si tu désapprouves la banalité, ne lis pas le journal. Si tu désapprouves la laideur du siècle, jette loin de toi ce qui vient d’une usine. Si tu désapprouves la boucherie, cesse de manger de la viande. Si tu désapprouves le bordel, regarde toute femme comme ta mère. Si tu désapprouves la guerre, ne serre jamais les poings. Si tu désapprouves les contraintes de la misère, dépouille-toi librement. »

Lanza Del Vasto, Principes et préceptes du retour à l’évidence

Benjamin Joyeux pour E=MP2